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24 janv., 2016

Carnet de voyage : Simon, José et les autres…

Posté Par: Jean Charles Roux Dans: Root Commentaire: 0 Frapper: 780

La dernière livraison de Simon Casas, La corrida parfaite, est un pur bonheur. Un livre écrit à la Casas : fantaisiste, papillonnant de faits à d’autres, émouvant dans un récit entre deux aventuriers Alain Montcouquiol et Bernard Dombs. Il y a du talent, de l’emphase, du baroque et surtout l’histoire d’un homme que l’on peut aimer ou pas, mais qui a su, avec ses tripes, son caractère et son envie d’être quelqu’un, atteindre le Graal. Je suis d’autant plus libre d’écrire cela que nos relations ne furent pas un long fleuve tranquille.

La dernière livraison de Simon Casas, La corrida parfaite, est un pur bonheur. Un livre écrit à la Casas : fantaisiste, papillonnant de faits à d’autres, émouvant dans un récit entre deux aventuriers Alain Montcouquiol et Bernard Dombs. Il y a du talent, de l’emphase, du baroque et surtout l’histoire d’un homme que l’on peut aimer ou pas, mais qui a su, avec ses tripes, son caractère et son envie d’être quelqu’un, atteindre le Graal. Je suis d’autant plus libre d’écrire cela que nos relations ne furent pas un long fleuve tranquille. Nous avons même, à deux reprises, échangé quelques coups. J’étais jeune, grande gueule, poil à gratter sur les gradins, pensant que le toro était la base du spectacle que j’aimais et qu’une feria ne devait être composée qu’avec des corridas dites « toristas ». Si je persiste et signe, sur le fait que le toro doit être avant toute autre chose le roi de la fête, je comprends qu’il en faille pour tous les goûts. « Morante », Tomás, Juli ou encore Manzanares peuvent nous faire lever le poil même avec un demi-toro. Un soir, alors que nous nous partagions un verre sur la terrasse de l’ex-Reina Victoria à Madrid, j’ai avoué à Simon qu’avec l’âge je trouvais que sa trajectoire était un exemple, mais que son style et sa conception des choses n’étaient pas toujours de mon goût. Aujourd’hui, à 45 ans, j’ai d’autres priorités que de me promener avec des banderoles dénonçant la mode du « Mac’Domecq », l’extermination du campo bravo et les magouilles d’un monde trop souvent compliqué, où seul le fric domine et où les tapes dans le dos ne sont pas synonymes d’un signe affectif. Pour preuve, José Antonio Chopera « Choperita » (associé avec Casas à la tête de Las Ventas à Madrid) déclare dans une revue taurine (6 Toros 6 du 7 mai 2013) : «Casas, on le connaît, il est un empresario magnifique, qui se prend pour un bohême, mais qui n’est pas fait pour le travail méthodique de bureau ». Tiens, prends ça !

Il est indéniable que Casas a du génie,  qu’il est fantasque, talentueux, un homme qui mérite le respect (malgré ses outrances) pour sa trajectoire professionnelle et garde ce côté artiste incontrôlable avec un sens aigu des affaires, sachant flairer les « coups » avant tout le monde, depuis ses débuts. Souvenons-nous d’Emilio Muñoz – le Mozart de la tauromachie – ou de Curro Romero et Rafael de Paula réunis à Méjanes, puis vint l’époque des Ojeda, « Jesulín », Tomás ; sa griffe avec les alternatives de « petits » Camino et « Litri », celles de Marie-Sara (avec Conchita Cintrón) et Cristina Sánchez, le mano a mano Cordobes-Ojeda, ses premières ferias avec des élevages comme Miura, Pablo Romero, Victorino ou Guardiola à la même affiche, ses défis toristas des dernières années, ou son invention marketing avec le système d’invitations à Valencia pour les abonnés nîmois qui lui faisaient l’avantage de préacheter leur abonnement pour Nîmes (en lui procurant une trésorerie nécessaire en hiver).  Il a toujours eu un temps d’avance sur les Espagnols et fut toujours le seul défenseur de la fiesta capable de faire face aux anti-corridas en France, même s’il laissa pas mal de toreros et d'amis sur les bas-côtés de la route… 

Dans La corrida parfaite, il dévoile les dessous des négociations avec le représentant de José Tomás pour ce qui restera comme l’une des plus belles pages que la tauromachie ait écrites dans les arènes de Nîmes. A le lire, les négociations sont complexes, très complexes. Au travers des écrits, on comprend que José Tomás a glissé du rang de figura del toreo à celui de diva. Même si la seule vérité du sable m’intéresse dans le toreo, je trouve que, depuis quelques années, Tomás est passé dans une autre galaxie. Où est passé le bonhomme au regard absent et au sourire juvénile avec lequel j’avais partagé quelques instants en toute tranquillité, en compagnie de son mentor d’alors Santiago López et de Robert Piles, il y a quelques années ? Exigences extrêmes (toros y pesetas), conditions spéciales, rigueur dans la négociation des contrats, omerta imposée... Ces aspects me gênent car il me semble qu’une figura del toreo doit être avant tout un homme et accepter son statut de star. José Tomás sait parfois se montrer qu’il en est un, lorsque il reverse l’intégralité d’un prix à des associations caritative. Mais il devient agaçant lorsqu’il exige (ou que son entourage exige pour lui ?), pour une manifestation à l’occasion de l’inauguration d’un espace consacré à « sa » corrida du 16 septembre 2012, une voiture privée le conduisant de Barcelone à Nîmes sans dire le lieu exact de rendez vous ; quand il décline les lieux que la mairie était prête à mettre à disposition pour l’évènement, lorsqu’il demande une entrée dérobée, qu’il requiert des autorités locales des discours de moins de cinq minutes, la mise en place  d’une vigilance absolue avec obligation pour la centaine d’invités de montrer patte blanche avec carte d’identité à l’appui au travers de deux barrages filtrants, tout le monde devant être dans l’édifice 30 minutes avant l’arrivée de « Dieu », en interdisant toute photo personnelle et repas officiel (même si, à l’arrivée, il se montra d’une simplicité absolue et cassa le protocole en allant vers les aficionados et restant avec eux durant de longue minutes)… J’en parle très librement puisque au dernier moment j’avais eu un sésame pour participer à ce rendez-vous mondain, mais j’ai préféré rester dans ma garrigue et dans mon bureau. Des gens proches de lui, nous apprendrons après, que José est comme ça et qu’il n’aime pas la foule, ni le protocole, il est discret, pudique et, que le seul endroit où il devient « public » c’est sur le sable de l’arène et face au toro. Il peut un jour partir d’un tentadero s’il voit que le ganadero a invité du monde, puis après, comme ce fut le cas à Nîmes, rester un bon moment à partager avec des les aficionados ou amis, s’il se sent bien et se montrer d’une simplicité absolue.

José Tomás est un torero hors normes et, lors de cette inauguration nîmoise, il y avait sans doute dans l’assistance la moitié des personnes qui, il y a trois ou quatre temporadas, ignoraient encore l’existence du « monstruo » …  Nous l’avions vu à Madrid, Zaragoza, Séville et un soir de juillet 2000, alors qu’il venait de nous porter au sublime devant un quart d’arène à Barcelone, j’avais écrit : « Que ceux qui n’ont jamais vu José Tomás courent aux arènes et que ceux qui ne veulent pas le voir se rendent à l’évidence : ce torero est un extra-terrestre qui défie toutes les lois de la tauromachie ! » La suite l’a amplement confirmé : José Tomás incarne une autre dimension dans le toreo comme dans la vie.

Jean-Charles ROUX.

  

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